Une zone d’activité industrielle et commerciale d’Ile-de-France semble somnoler sous la froide grisaille d’une fin d’année ordinaire. À la lisière de ce poumon économique, s’étend une route esseulée, jouxtée d’une voie de chemins de fer. De l’autre côté du macadam détrempé, un portail rafistolé de pièces de ferrailles et calfeutré de tissus plastique.

Derrière, un camp. Aucun scout ni cow-boy en vue. Mais des citoyens européens implantés sur le sol de leur continent. C’est Noël 2009, nous sommes à Sucy-en-Brie, dans les faubourgs presque déjà ruraux de la capitale française. De l’extérieur, rien d’attrayant. Seule une fumée légère s’échappe d’une des rares caravanes que l’entrouverture du portail laisse deviner.

Les hommes, femmes et enfants établis dans ce no man’s land devenu leur refuge ne se réclament pas de la patrie de Molière ni d’Hugo. Parias, malgré leur citoyenneté européenne, le vocabulaire courant leur prête le nom de « Roms ».

Arrivée du Père Noël

Derrière ce portail, eau, électricité, médicaments, éducation, tout semble manquer à ceux dont le théâtre de leur vie de galère dévoile un quotidien fait de journées aux allures d’actes austères.

Cette pièce est tout sauf une comédie. Et cette existence gorgée de carences lancinantes, certains la refusent. Ils s’appellent Edouard, Estelle ou Patrice. À défaut de pouvoir y apposer un point final, les trois compères, membres en responsabilités au sein de l’association OSE, sont passés maîtres en l’art de narguer la pauvreté en offrant à leurs amis roms des « parenthèses enchantées » selon Estelle Grenon, vice-présidente de l’ONG.

OSE (Organe de Sauvetage Ecologique) se démarque par une singularité historique. Dès sa création en 1990 l’organisation est convaincue que protection de l’environnement et solidarité vont immanquablement de pair. Elle conduit donc, notamment faveur des populations roms, aussi bien des actions à portée environnementale que des projets d’ordres sociaux, éducatifs, juridiques…

Distribution de cadeaux

Et la dimension holistique ne s’arrête pas là. Les bénéficiaires des projets en sont parfois également acteurs, et non des moindres. À l’instar de trois jeunes roms devenus en mai 2009 lauréats du prestigieux Stockholm Junior Water Prize pour leur action de nettoyage des berges de Seine aux côtés de OSE et de son fondateur Edouard Feinstein, particulièrement engagé au service des droits des Roms.

Aujourd’hui, Edouard et Estelle, accompagnés de Patrice, leur bras droit organisé et jovial, sont allés à la rencontre des Roms de Sucy et d’Orly. Objectif visé en ce temps de Noël : distribution de cadeaux pour les jeunes et moins jeunes.

Ca c'est du sourire çBravant un thermomètre avoisinant le 0°, les enfants ne se font pas fait prier pour sortir des caravanes lorsque la célèbre silhouette rouge à la barbe blanche soigneusement bouclée s’est profilée à l’entrée de chaque camp. Pas une des jeunes pousses n’a boudé son plaisir à rencontrer le Père Noël venu spécialement pour eux de sa septentrionale Laponie.

Vu les sourires larges jusqu’aux oreilles que tous arboraient, cette année encore le bienfaiteur des enfants n’a manifestement oublié personne. La distribution terminée, nos hôtes nous ont invités à partager une boisson chaude dans une de leur maison préfabriquée.

Plus qu’une tasse de thé ou café partagée, c’est véritablement, à travers les rires, sourires et discussions simples et sincères de tous, que chacun a donné et reçu une généreuse dose d’humanité. À n’en pas douter le plus beau des cadeaux de Noël.

Appareil photo dans une main et dictaphone dans l’autre, j’ai capté quelques instants de cette rencontre. Je vous propose un court et modeste reportage audio, réalisé avec les moyens du bord.

Estelle, sacrée Mère Noël

United