Dans une ère où les voyants du bonheur de nos sociétés n’affichent pas, loin s’en faut, un vert vif, la morosité peut  facilement et insidieusement gagner les esprits. C’est sur la base de cette idée à laquelle je pensais tout à l’heure que j’ai écrit à la volée le texte suivant autour de l’audace. La vie est trop belle pour qu’on la prive d’audace. Alors quels que soient les critiques et obstacles à venir, osons !

La route de l’audace

L’audace marche depuis toujours, courageuse et confiante, sur le chemin de la liberté vers l’horizon du bonheur simple et véritable. Tantôt rencontre-t-elle les pentes abruptes de l’austérité, alors elle témoigne d’efforts et de conviction. Tantôt doit-elle affronter les descentes périlleuses de la souffrance, alors elle redouble de vigilance.

L’audace avance inlassablement sereine et déterminée par tout temps. Que le soleil de l’épanouissement tapisse sa route de fleurs chamarrées et inébriantes ou que la grêle de la peur, fouettée par la bise menaçante, dresse devant elle des obstacles imposants, elle progresse.

Sa foulée dynamique intrigue. Son pas inquiète. L’audace est inéluctablement jalousée. Elle est alors régulièrement raillée. Ses détracteurs, le pessimisme et le défaitisme ont fait broder, il y a fort longtemps, sur leur étendard les mots sacralisés raison et réalisme. Les autoproclamés rivaux de l’audace agitent depuis la nuit de temps raison et réalisme comme unique doctrine émancipatrice de tous les jougs et source exclusive de toute réussite.

Impassible devant cette frasque endoctrinante, l’audace sait combien à force d’avoir été galvaudés, raison et réalisme ont été instrumentalisés, dévoyés et finalement avilis. Voyant le conformisme et la doucereuse condescendance courber l’échine devant les adoubés seigneurs pessimisme et défaitisme, l’audace parfois s’attriste. Sévère tableau que d’observer raison et réalisme ainsi réifiés en simples pantins à la solde de fossoyeurs d’espérance guidant le peuple de la conscience.

Il arrive alors à l’audace d’être aux prises avec le doute. Devant tant d’apostats de l’espoir, devant tellement d’abandons sur le chemin du bonheur simple et véritable, comment tenir, pourquoi poursuivre ? D’autant que l’armée des soldats de la raison et du réalisme réifiés attentent fréquemment des assauts répétés sur le chemin de la liberté.

Les voies douces et rectilignes se transforment alors en des séries de virages fourbes et dangereux. Les collines se font montagnes vertigineuses, les rivières deviennent canyons, et les flaques s’éventrent en gouffres béants.

Alors l’audace endure. Mais l’audace résiste. L’audace est éprouvée mais l’audace ne plie ni ne ploie. L’audace a et est cette force, cette foi, de croire envers et contre tout pessimisme ambiant, d’espérer à rebours de tout défaitisme rampant, que sans elle le bonheur simple, la joie véritable n’existe pas, ne se rencontre pas, ne se partage pas.

Aussi, face à la concupiscence du réalisme dupé par les gants de velours de seigneur pessimisme, l’audace n’a qu’elle-même pour avancer. Elle n’a que ça. Mais elle a tout ça.