Pas une rotation de notre planète ne s’effectue sans que d’innombrables litres d’encre journalistique estampillés green touch ne concurrencent le volume d’eau frénétique arrachée aux glaces suantes d’icebergs et sommets immaculés.

On écrit. On étudie. On commente, autour et en faveur du bien-être de notre planète malade.

Au début du XXIè siècle, l’Homme, contraint, paraît entamer une réflexion accrue sur l’avenir sanitaire de sa maison Terre. Cette démarche ne date pas d’hier. Il y a eu Johannesburg en 2002, Kyoto et son fameux protocole en 1998, entré en vigueur en… 2005. Il y a eu plus tôt encore le Sommet de la Terre en 1992 à Rio qui a accouché du non moins fameux Agenda 21. Voilà pour les dates récentes.

source: agenda21.cg24.fr

Cet élan est admirable. Mais largement insuffisant. Depuis plusieurs décennies, les glaces transpirent, la terre brûlée craquelle et les forêts toussent à un rythme exponentiel. Plus besoin de le répéter serait-on tentés de dire. Après tout, tout le monde le sait. Alors à quoi bon marteler aux consciences que notre espèce avance tel un cheval de course sans cavalier, œillères fiduciaires bien serrées, droit vers une haie risquant d’être infranchissable ?

« Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre » dit l’adage. Si au Nord nous paraissons encore bien protégés des plaies s’ouvrant à l’épiderme de la Terre, d’autres populations au Sud ont déjà enduré dans leur chair les souffrances d’une nature à la fois avilie et enragée. On les appelle les réfugiés climatiques. Retenez ce nom, il nourrira les colonnes régulières de vos journaux dans les années à venir. Une « poignée » seulement aujourd’hui, déracinés des Vanuatu et d’autres territoires engloutis par les flots ou brûlés par la sécheresse viscérale, ils seront d’ici peu de temps bien plus nombreux…

Le CIESIN (Centre pour un réseau international d’information sur les sciences de la Terre) de l’Université de Columbia estime que d’ici 2050, quelque 200 millions d’individus auront été chassés de leur terre d’origine, balayés par une nature devenue trop hostile à toute vie humaine. Conséquence directe d’un réchauffement climatique ordonnancé par des décennies de productivisme gargantuesque.

Ces millions de réfugiés climatiques seront jetés sur les routes de la déshérence sans nul autre but que de trouver une aire favorable et bienveillante pour leurs réinstallation et développement. Qui voudra les accueillir ? Qui le pourra ?

Les défis sont colossaux. Peut-on encore oser fermer les yeux devant cet avenir obscur que l’on (con)promet à nos enfants dont on semble vouloir sceller le sort aujourd’hui ? En persistant jusqu’à ce jour à produire et consommer des montagnes de biens superflus, notre génération lie ni plus ni moins les pieds et les poings de sa descendance de fils barbelés.

L’heure des façades diplomatiques, des réunions et discours tautologiques est passée. L’époque où l’hypocrisie économique pouvait encore subrepticement tirer partie de l’ignorance des consciences et de la souffrance écologique est révolue.

Dans une semaine se tiendra le sommet de l’ONU sur le climat à Copenhague. Les rotatives des journaux du monde entier vont imprimer leurs kilomètres d’encre quotidienne. On va écrire. On va débattre. On va commenter. Qu’en sera-t-il du cœur audacieux des discussions ?

Plutôt que de chercher une nouvelle fois à se tailler la part du lion, puisse chacun des dirigeants du monde entier, ravaler à l’occasion de cette  rencontre décisive une partie majoritaire de ses intérêts respectifs pour former un front commun en faveur de la planète. De l’Humanité en somme. Arrêter des objectifs courageux et s’atteler à les atteindre dès la clôture des débats n’est pas indispensable pour notre planète. C’est vital.

Car:

Si Copenhague n’est qu’un sommet de plus, il sera le sommet de trop.

Jean Monnet a dit : « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ne voient la nécessité que dans la crise ». Alors si l’on est bel et bien en crise, écologique notamment, messieurs les argentiers de la météo économique et écologique mondiale, agissez en hommes !

Parce que nous aussi en tant qu’hommes et citoyens au possible nous sommes tenus, engageons-nous. Il n’y a pas de petit geste pour la planète. Pas d’action inutile ou futile lorsqu’il s’agit de protéger notre bien commun le plus cher. Une signature c’est à la fois beaucoup et presque rien. Signons alors l’appel des ONG françaises pour que la France fasse preuve de courage et d’audace à la table des nations. Cliquez sur l’image ci-dessous pour signer.

Pour conclure ce billet, je vous partage la vidéo de Severin Suzuki, alors jeune demoiselle à la conférence de Rio. En 1992 à la tribune du Sommet de la Terre elle lança une exhortation sans réserve aux dirigeants du monde à agir en faveur de la planète. Ces paroles demeurent malheureusement plus que jamais d’actualité.