Ours polaire

source: climaterra.6mablog.com

Mercredi dernier, France 3 diffusait un nouveau numéro de l’émission Vu du ciel. Fidèle à son habitude, la série de reportages diffusés ce soir là a mis en lumière de façon limpide et raisonnée les dérives de notre société de consommation et ses tragiques impacts humains et environnementaux. Au rythme auquel nous dépouillons la nature de ses inouïes mais limitées richesses, la question sans cesse plus saillante et toujours plus incontournable est: sommes-nous prêts à réellement et structurellement changer tant notre vision de l’architecture économique mondiale que nos attitudes de consommation quotidiennes ?

Fonte des glaces, élévation du niveau des océans, disparition d’îles… Inutile d’aller plus loin dans la litanie des conséquences environnementales induites par notre système économique gargantuesque et sa logique du « toujours plus ». Le constat est simple: si l’on perdure de façon hébétée sur la voie du consumérisme roi, mathématiquement, l’avenir de l’Humanité n’est ni viable ni envisageable.

Pratiquer alors indéfiniment la politique de l’autruche pour assouvir nos désirs d’appropriation hypertrophiés et hypothéquer ainsi sciemment l’avenir des générations futures sera peut-être le plus grand crime contre l’humanité jamais commis dans toute l’Histoire de celle-ci. Nous sommes face à un choix implacable: nous réveiller dès aujourd’hui, ou bien abdiquer vers un endormissement à jamais. Car jouer les pompiers demain quand l’incendie aura gagné tous étages de la maison Terre sera bien inutile…

Avant de vous partager le poème « Prêt à consommer » que j’ai écrit il y a deux ans, je voudrais rappeler ce proverbe kenyan dont les mots sont inscrits sur le mur du hall du siège de l’UNICEF à New-York:

« Nous n’avons pas hérité de cette Terre de nos parents, elle nous a été prêtée par nos enfants. »

Prêt à consommer

Phagocytaire des produits estampillés « gaspis »,
Mère Société m’a créé et si tendrement fidélisé,
Prosélyte de la propriété, thuriféraire du pré carré.
De l’arbre démiurge productiviste, je suis le fruit.

Quand vient l’achat, je vis, j’ai, alors enfin, je suis !
Des chiffres par milliers en moi tourbillonnent,
Je consomme et je te consume, sans consonnes
Aucunes, « oui », je jouis lorsque je m’approprie.

Crépite le ticket de caisse dans mes rêves la nuit.
Et je renais chaque jour, cupide d’une plus-value
Somptuaire ridiculisant tous les plus grands crus,
Et ravissant mon alter ego, radieuse carte de crédit.

Du berceau aux cendres, ma vie sera frénésie
De possessions de précellence tant convoitées.
Je ne veux être et exister que prêt à consommer,
Car sans avoir mon moi resterait misérable hérésie.

Le 31 octobre 2007

I shop therefore I am

image: Barbara Kruger: http://www.barbarakruger.com