La misère a-t-elle un visage ? Non. La misère porte-t-elle un nom, reflète-t-elle une couleur, lui connaît-on un âge ? Non plus. Est-elle le pénible apanage de certains, le sournois fardeau strictement réservé à ceux à qui souvent on prête  les vulgaires surnoms de « clochard », « crève-la-faim », ou encore « va-nu-pieds »  ? Non et encore Non.

Corbeille des messages d'enfants face à la Tour Eiffel

La misère ne possède ni carte d’identité ni adresse. Elle est universelle. Elle n’est pas simplement crue et cruelle sur le pavé. Elle se cache aussi dans le ventre des immeubles. Elle n’est pas uniquement cette main tendue qui appelle la pièce, elle est aussi cousue par les baguettes des politiques étatiques, elle est en gestation dans les cordons de la bourse.

Elle isole, elle affame, elle exclut. Elle affole, elle condamne, elle tue. Oui, la misère est une extraordinaire mercenaire qui fait plier chaque homme qu’elle frappe. Tel un bourreau social elle brise les liens d’avec la vie des hommes. Pourtant, toute scélérate qu’elle est, jamais la dignité de l’Homme elle ne parvient à  ôter.

« Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » Père Joseph Wresinski, fondateur d’ATD Quart Monde, le 17 octobre 1987.

Vingt-deux ans plus tard, cette célèbre exhortation n’a malheureusement pas pris une ride. La misère existe toujours… Parce que nous la tolérons. S’unir, se rassembler autour de projets et d’événements pour faire disparaître ce fléau sans jamais céder au cynisme ni à l’éreintement est un combat de vie, celle de l’Humanité.

Ce 17 octobre 2009, comme chaque année, ATD Quart Monde organisait une journée d’animation à travers le monde. A Paris, fidèle à la tradition, le parvis des Droits de l’Homme s’est fait l’hôte d’un jour pour dire non à la misère.

Stéphane Hessel entouré de jeunes

Plus d’un millier de personnes, anonymes, bénévoles d’associations, responsables politiques et personnalités étaient rassemblées. Leur but : répéter, marteler, une nouvelle fois, leur refus inconditionnel de toutes les formes de misère.  Martin Hirsch, Haut Commissaire aux Solidarités Actives et à la Jeunesse et Stéphane Hessel, résistant, grand défenseur des droits de l’Homme étaient notamment présents.  Cette année, la mobilisation était placée sous le signe de l’enfance en vue de la célébration à Genève le 20 novembre prochain des 20 ans de la Convention des Droits de l’Enfant. C’est donc la chorale des Enfantastiques qui a donné le tempo tout au long de l’après-midi.

Pour revivre l’événement, je vous propose un petit reportage audio (7’40 ») avec notamment une interview de Martin Hirsch que j’ai réalisée à l’issue de la manifestation.

A l’heure où Wall Street s’apprête à verser la modique somme de 140 milliards de dollars de bonus à ses traders, rappelons qu’en 2008, près de la moitié de l’Humanité, soit trois milliards de femmes et d’hommes vivaient avec moins de 2 dollars par jour. En France selon l’INSEE 8 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, parmi lesquels 30% d’enfants.

Face à l’extrême pauvreté, efforçons nous sans relâche de ne jamais laisser l’érosion de l’indifférence gagner nos esprits. Car alors la misère de nos cœurs nous avilirait totalement.

Journée mondiale du refus de la misère 2009 - Ephateyes - 3