La réponse que je souhaitais apporter au commentaire nourri de mon billet sur le prix Nobel de la paix d’Obama dépassant la somme de quelques lignes, j’ai décidé de la poster en tant que nouveau billet. Merci Jeez pour votre contribution.

Avant de répondre sur le fond, je souhaite revenir sur un point annexe mentionné dans le commentaire. Je ne suis pas certain que Barack Obama soit à la tête de la « plus grande démocratie mondiale ».  Le fait de tenir les rênes des USA n’est pas en soi gage d’une « réelle aura au niveau internationale ». En témoigne l’image écornée de son prédécesseur dont les positions et discours étaient régulièrement décrédités voire raillés. L’aura d’Obama repose à mon sens plus en réalité sur son extraordinaire et fulgurant parcours, conjuguée au travail de la machine médiatique américaine qui l’a littéralement propulsé sur les devants de la scène.

Fermeture de Guantanamo, discours du Caire, efforts en faveur de la dénucléarisation… Voilà bien des signes concrets de la fin d’une ère, celle de Bush. Autant de signes annonciateurs d’un nouveau chapitre dans l’Histoire des Etats-Unis et du monde. Cette seule volonté de rompre avec les orientations politiques à l’international de son prédécesseur n’est-elle pas déjà hautement saluable ? Que serait-il advenu si les USA avaient poursuivi tel un rouleau compresseur unilatéral sur l’échiquier géopolitique mondial quatre nouvelles années ? La nature humaine a souvent tendance à n’accorder de l’estime qu’au meilleur effectivement accompli plutôt qu’au pire magistralement évité au prix d’efforts courageux et audacieux. N’oublions pas que les plus grands artisans de paix sont des travailleurs de l’ombre que personne ne voit.  Aussi Obama a-t-il déjà réalisé beaucoup pour la route qu’il a décidé de quitter et dont on ne verra pas les désastres humanitaires. Il est essentiel de garder cela à l’esprit.

Ce prix peut effectivement et légitimement paraître prématuré. Cette position repose notamment sur l’idée de la tradition du comité Nobel : un prix est généralement attribué pour une œuvre effectivement réalisée.  Celle-ci doit-elle pour autant rester un dogme ? Thorbjoern Jagland, président du comité Nobel répond aux critiques qui ont essaimé depuis vendredi en affirmant qu’il était « difficile de désigner un vainqueur du prix Nobel de la paix qui soit plus proche du testament d’Alfred Nobel qu’Obama ».  Et d’ajouter « est ce que quelqu’un peut me montrer qui a fait plus cette année ? ». La question donc n’est pas tant de savoir si le moment est approprié mais simplement de constater si oui ou non Obama a, objectivement, été celui parmi les nominés qui a effectivement le plus œuvré en faveur de la paix toute l’année durant. Point.

En outre, la paix n’est pas une science comme la chimie ou la médecine. Ce faisant, le postulat initial est différent selon les domaines récompensés par le Nobel. A ce titre d’ailleurs, ce n’est naturellement pas le même jury qui décerne l’ensemble des Nobel. Il en existe autant que de catégories, de fait, la vision et le choix de chacun d’entre eux divergent quant aux critères de récompense.

Par ailleurs, stratégiquement ce prix est incontestablement emprunt d’audace. A l’heure où Obama est chahuté sur la scène intérieure au sujet de la mise en place de la réforme du système de santé, et où les lobbys doivent redoubler d’efforts sur les parlementaires démocrates, peut-être serait-il tenté de calmer les voix discordantes, notamment républicaines, en adoptant une attitude aux accents de realpolitik plus marqués sur les dossiers internationaux. En levant par exemple le pied sur un certain nombre d’engagements en faveur d’un multilatéralisme diplomatique dont il souhaite voir le monde se doter. Ce faisant, ce prix pourrait faire figure tant de leitmotiv que de garde-fou dans les choix et directions que prendra Obama dans son action en faveur de la paix avec, par, pour et dans le monde.

Oui ce prix est stratégique, peut-être même politique. A telle enseigne que les républicains dénoncent une tentative d’ingérence dans les affaires américaines.

Oui ce prix est audacieux. En janvier dernier, un certain Barack Obama, alors investi président des Etats Unis déclarait « les Américains ont choisi l’espoir plutôt que la peur ». Ce 9 octobre 2009, le comité du prix Nobel de la paix a choisi l’audace prometteuse plutôt que la tradition généreuse.