Désiré

Aurorale quiétude de juin quatre-vingt dix-sept
Transpercée par de foudroyants sifflets poudrés.
Jambes fuyant sous la canopée de la Piscine verte.
Echappée à la mort, course à la survie. Clandestinée.

Désiré court

Au loin déjà sommeillent, de la luxuriante primaire,
Les majestueux bonobos. Arides journées sans boire
Depuis les portes du désert, Zinder, virage en équerre.
Acéré Harmattan, proche Casamance et promise Dakar.

Désiré prie

Cent mille pièces frappées Colonies Françaises d’Afrique,
Somptuaire sésame pour l’ocre rugueux des Canaries.
Vagues, creux et courants torpillent la pirogue, homérique
Biseau boisé aux corps entassés, transis de froid et d’anémie.

Désiré tangue

Refuge dénié par l’ancêtre gaulois : bienvenue à Paris !
Condamnation à l’errance embastillée en une vie renardière,
Jours ombrés, cachés, évanouis. Purin chassé, traqué, avili.
Asile étouffant aux âpres confins d’une improbable souricière.

Désiré plonge

Les gorges sèches s’entremêlent dans les fourches caudines
Des geôles pour prêts-à-décoller, ces clapiers de non droit.
Ô France, pourquoi ce triste manège où tes sudistes armes éliminent
Et chassent les noires âmes puis dégorgent les rescapés, putois ?

Désiré sombre

Terre de la chair du virevalsé, Boko, impossible maison
Au retour du naufragé que plus aucune mémoire n’attend.
Seules les ruines talées de Makélékélé daignent, sans émotions,
Abriter les cendres de l’avenir consumé de cet exilé enfant.