Bleue versatile


Ô
Eau
Tu es
Source et
Happeuse de vie.
Rare, tu dessines stries
Et crevasses dans les terres
Assoiffées, lacérées d’une jachère
Interminable. Absente, tu es la vile chute
De la faux sur les peuples criant famine. Chut !
Les voici disparus dans les sables du désert, ignorés.
Scélérate, te voilà tsunami ! Vite, vous autres condamnés,
Courez, grimpez, volez, voici la lame ennemie, vif courroux
De Poséidon. Magnanime, tu deviens jardin des poissons, doux
Festin auquel chacun est convié, dodus et affamés, sans parcimonie.
Abondante, tu fais jaillir joie et espoirs dans les vertes rizières de Bali.
Adorée, splendide Viracocha, lorsque tu nourris les pentes de l’Ananta.
Abhorrée quand, prêtresse des vents, tu convoques un cyclone apostat.
Aujourd’hui parfois farouche renégate tu sembles d’augure incertaine,
Conjurant ainsi les insolentes facéties des humains à la Nature reine.
Jalousé, ton or bleu attire les plus belliqueuses des concupiscences,
Jusqu’à la mort, précieux élixir, tu assures survie et renaissance.
Infatigable ricaneuse devant le dantesque destin des Terriens
En te demandant pourquoi diable ils s’étrillent sang faim.
Aveugles hébétés par leurs lourdes œillères fiduciaires.
Bientôt leurs terres englouties ! Et les atrabilaires
Réfugiés que tu noieras dans leurs prisons
Regretteront l’évaporation de la Raison,
Aussi essentiel et raréfié flot
Qu’une goutte d’eau