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« À Cœurs battants » est un recueil de poèmes humanitaires que j’ai écrit en juin 2008. Le titre a été  choisi pour désigner chacune des personnes liées de près ou de loin à la thématique de  l’humanitaire : acteurs humanitaires, victimes des crises et populations récipiendaires de l’aide, bailleurs, donateurs… Autant de cœurs qui souffrent, soutiennent, instrumentalisent, et oeuvrent en faveur de la cause humanitaire.
A Coeurs Battants
Les premiers poèmes dépeignent certaines situations locales (le viol comme arme de guerre, les enfants dans les mines, le drame du Darfour). Le poème sur l’eau, rare, précieuse, convoitée, versatile, mouvante, fait une transition dynamique vers les acteurs qui tentent de répondre aux situations de crise ou de développement et à qui sont consacrés les poèmes suivants.

L’idée par la suite est de faire voyager le lecteur jusqu’à chez lui après l’avoir confronté aux réalités du Sud avec le septième poème sur le sens et l’impact du don du tout un chacun, mécène occidental.

Pour parachever la logique du recueil, il convenait de consacrer un poème final aux réalités des victimes des drames et guerres au Sud réfugiées au Nord et souvent marginalisées en France.

Bonne lecture à tous.

NB: si vous arrivez sur ce billet après une recherche à partir d’un site annexe et que vous souhaitez lire les poèmes du recueil, cliquez sur le tag "A Coeurs Battants" au dessus de ce billet ou bien sur la catégorie "Poésie / Poetry" dans la marge de gauche et descendez en bas de page.

La corolle cisaillée

Les pores chauds transpirent le sang
Suintant sauvagement de ta jeune peau.
La peur happante transporte dans le vent
Les incoercibles échos du fracas des os

À demi vêtue de tissus moirés de rouge
Tu vas, geins, erres, hagarde, cisaillée
Et ta joie murée désormais seule plonge
Au tréfonds d’une anachorète inanité

L’odieuse souillure de ta fleur intime
Assénée par leur vile et fielleuse arme
Restera gravée en les entrailles anonymes
De ta féminité spoliée par leurs aragnes

À Kaniola, aujourd’hui terre déserte
Ton corps, champs de bataille abandonné
Demeure l’unique expression inerte
Rescapée du massacre des oubliés

Te sera-t-il à jamais possible d’aimer
Cette vie semée par le bourreau haineux,
Ange éclos des graines de Satan incarné,
Chaire innocente, fruit du peccamineux ?

Mine d’enfants

Vues du ciel, des milliers de fourmis
Grouillent dans l’ocre ventre du Kasaï,
Telles des sangsues traquant la rouge vie
Rempart contre l’étisie, chère victuaille.

Au sol fangeux s’exécute la partition
Et les dos éprouvés des minots minés
Résistent aux assauts de la pâmoison,
Comme le crin harassé de l’archet.

Les petites mains du creuseur rongent
La terre que les épaules hypertrophiées
Du porteur supportent sans un songe
Jusqu’au tamiseur aux yeux acérés.

Les cuisses écartées des petits canetons
Soumis se noient au cœur d’une tragédie
D’enfants naufragés dans l’excavation
Des tombes de leurs tout jeunes amis.

Ce trésor à ciel ouvert éructe à foison
De minerais aux richesses chamarrées.
La mosaïque respire pourtant le poison
Des ruisseaux écarlates de sang versé.

Dépouillée d’un développement attendu,
Coffre-fort des puissants nordistes nantis,
Cimetière des jeunes âmes noires perdues,
Ô mine généreuse, pourquoi t’a-t-on avilie ?

Quand le Haboob passera

Mosaïque de masures martyrisées,
Torréfiées pour le salut de la haine.
Or azuré, grisé, du puits empoisonné,
Murs calcinés vernis de couleur veine.

Les grands oiseaux blancs ont hier
Dardé leurs dragées mortifères. Banal
Cirque à l’agonie, nettoyé au son clair
Des démoniaques gâchettes à cheval.

Le Haboob viendra enterrer l’âme
Naufragée des cendres cramoisies.
Au lointain, des réfugiés du vacarme
Rugissant gémissent déjà de l’oubli.

Partout, sur ce four à ciel ouvert
Les cœurs innocents sans cesse
Brûlent lentement dans les cratères
De l’enfer lunaire à l’éteinte sagesse.

Bleue versatile


Ô
Eau
Tu es
Source et
Happeuse de vie.
Rare, tu dessines stries
Et crevasses dans les terres
Assoiffées, lacérées d’une jachère
Interminable. Absente, tu es la vile chute
De la faux sur les peuples criant famine. Chut !
Les voici disparus dans les sables du désert, ignorés.
Scélérate, te voilà tsunami ! Vite, vous autres condamnés,
Courez, grimpez, volez, voici la lame ennemie, vif courroux
De Poséidon. Magnanime, tu deviens jardin des poissons, doux
Festin auquel chacun est convié, dodus et affamés, sans parcimonie.
Abondante, tu fais jaillir joie et espoirs dans les vertes rizières de Bali.
Adorée, splendide Viracocha, lorsque tu nourris les pentes de l’Ananta.
Abhorrée quand, prêtresse des vents, tu convoques un cyclone apostat.
Aujourd’hui parfois farouche renégate tu sembles d’augure incertaine,
Conjurant ainsi les insolentes facéties des humains à la Nature reine.
Jalousé, ton or bleu attire les plus belliqueuses des concupiscences,
Jusqu’à la mort, précieux élixir, tu assures survie et renaissance.
Infatigable ricaneuse devant le dantesque destin des Terriens
En te demandant pourquoi diable ils s’étrillent sang faim.
Aveugles hébétés par leurs lourdes œillères fiduciaires.
Bientôt leurs terres englouties ! Et les atrabilaires
Réfugiés que tu noieras dans leurs prisons
Regretteront l’évaporation de la Raison,
Aussi essentiel et raréfié flot
Qu’une goutte d’eau

Les chamanes opalins

Missionnés par les escarcelles garnies
À rompre de leurs consorts pyromanes,
Les opalins soldats de la philanthropie
Flamboient, néo-ineffables chamanes.

Détracteurs de la capitaliste sauvagerie,
Benoîts leurrés, ils sont la vile caution
De l’inique négoce dont l’amère ineptie
Demeure les populations sous perfusion.

Dans l’immense ballet des cœurs battus
Les pompiers de l’immarcescible brasier
S’ahanent à panser les plaies aux rebuts,
Assurés des vertus de leur eau mystifiée.

L’engagement désintéressé ardu à croire
Ne semble se farder d’aucun pédantisme
Secret, ni vaporeuse humilité ostentatoire.
Admirables esprits façonnés d’humanisme.

Preux chevaliers blancs, jeunes prêcheurs
Droits de l’hommistes, aux démocratiques
Commandes du nordiste rouleau oppresseur
Des consciences efflanquées et foies étiques.

Leurs pansements inutiles insufflent l’encre
Critique et admirée des savants imprécateurs.
Censeurs nantis, reconnaissez que ces cancres
Restent les inestimables pantins de vos ardeurs.

Les heaumes azurés

Rouillent les douilles de Mogadiscio
Sur l’asphalte évanoui de sable tapissé.
Le vent incandescent incinère du fléau
Les souvenirs des âmes de paix tombées.

Des rougeâtres mille collines de Kigali
Aux sylvestres dédales boueux du Kivu,
Du Sarajevo détruit au bouillonnant Haïti
Les heaumes azurés ont expiré partout…

Souvent impassibles témoins d’ignominies,
Parfois fossoyeurs de troubles et exactions,
Tantôt hommes éperdus en quête d’hallali,
Fantassins du grand machin aux déclarations.

D’aucuns vous disent gauches marionnettes
Sans jamais avoir connu le crépitement du feu.
Qu’il plaise aux plumes ampoulées et replètes
De se coiffer un jour du poids d’un casque bleu.

Papiers de conscience

Manne incommensurable, insondable trésor,
Billets pour les écrins des chamanes opalins.
Masse aux cortex malléables, gisement d’or,
Dociles bovidés nourris à la carotte et au foin.

Le don compatissant de l’homo occidentalus
Sublime l’assistanat de l’indigence australe.
Oh ! Il s’enthousiasme pimpant Spartacus.
Mansuétude dupée par la septentrionale fringale.

La lettre est bien pliée, le chèque dûment signé,
Hourra !  Bouches affamées, voici un sursis !
La missive est fraîche et timbrée, l’ego rassasié,
Misérables émaciés, un autre sursaut de vie !

Pourquoi ? Tous les papiers de conscience
N’auront-ils de cesse de peser bien plus lourd
Que la conscience du papier ? Déliquescence
De l’altruisme authentique. Pauvre Darfour…

Modeste mécène, dessille tes iris éblouis,
Ils se jouent du déshérité que tu crois relever.
Ta bienveillance dévoyée assèche ses puits,
Tes dollars l’aident… À enterrer sa dignité.

Désiré

Aurorale quiétude de juin quatre-vingt dix-sept
Transpercée par de foudroyants sifflets poudrés.
Jambes fuyant sous la canopée de la Piscine verte.
Echappée à la mort, course à la survie. Clandestinée.

Désiré court

Au loin déjà sommeillent, de la luxuriante primaire,
Les majestueux bonobos. Arides journées sans boire
Depuis les portes du désert, Zinder, virage en équerre.
Acéré Harmattan, proche Casamance et promise Dakar.

Désiré prie

Cent mille pièces frappées Colonies Françaises d’Afrique,
Somptuaire sésame pour l’ocre rugueux des Canaries.
Vagues, creux et courants torpillent la pirogue, homérique
Biseau boisé aux corps entassés, transis de froid et d’anémie.

Désiré tangue

Refuge dénié par l’ancêtre gaulois : bienvenue à Paris !
Condamnation à l’errance embastillée en une vie renardière,
Jours ombrés, cachés, évanouis. Purin chassé, traqué, avili.
Asile étouffant aux âpres confins d’une improbable souricière.

Désiré plonge

Les gorges sèches s’entremêlent dans les fourches caudines
Des geôles pour prêts-à-décoller, ces clapiers de non droit.
Ô France, pourquoi ce triste manège où tes sudistes armes éliminent
Et chassent les noires âmes puis dégorgent les rescapés, putois ?

Désiré sombre

Terre de la chair du virevalsé, Boko, impossible maison
Au retour du naufragé que plus aucune mémoire n’attend.
Seules les ruines talées de Makélékélé daignent, sans émotions,
Abriter les cendres de l’avenir consumé de cet exilé enfant.

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