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Question : seules les tristes circonstances à retentissement planétaire doivent-elles mobiliser les rédactions occidentales lorsqu’il est question d’un pays pauvre ?
Haïti, on ne peut plus l’ignorer, a subi un tremblement terre des plus ravageurs. Mardi 12 janvier 2010, il est 16h53 à Port au Prince quand les entrailles de la terre grondent d’un ton sévère. Celle-ci tremble tellement qu’on croirait son écorce sur le point de rompre. 7.3° sur l’échelle de Richter. Un desastre. Humain: plus de 200.000 morts. Social: des déplacés et orphelins en nombre incalculable. Politico-économique: des bâtiments clefs de la vie politique et économique haïtienne se confondent aujourd’hui entre gravats et poussière. L’effort de reconstruction est pharaonique. Il se fera… avec plus ou moins de temps.
Depuis le drame, c’est la concurrence du marketing humanitaire. Dons en ligne, envoi de sms, concerts, timbres de Poste, etc. Autant d’initiatives louables que de promesses de fonds récoltés en faveur de l’aide. Parfois teinté de doucereuse condescendance, cet élan mondialisé paraît pour certains critiquable. Je comprends. En partie. Sans cautionner, pour autant. En effet, nous, nantis, baignant depuis toujours dans le confort social de nos pays développés et Etats providence, avons beau jeu de facilement dénigrer l’élan humanitaire pas assez authentique à notre goût. Alors qu’on se le tienne pour dit, il n’existe pas une vérité humanitaire, mais uniquement un lien d’humanité transcendant esprits et frontières. A partir duquel se créent et se tissent des chaînes de solidarité. Souhaitons-le ardemment alors, Haïti se relèvera !
Autre question: sauterait-on d’une crise à l’autre aussi vite que l’on zappe de chaîne de télé ?
Il y a un an tout juste, Madagascar sombrait dans une crise politique majeure. Grèves et manifestations (parfois violentes) à rallonge ont paralysé la Grande Ile de longues semaines. Résultat ? Une transition politique il
légitime mais nécessaire pour certains, un coup d’Etat pur et simple pour d’autres. Andry Rajoelina, dit TGV, s’autoproclamait au coeur d’une crise politique ouverte aux commandes du pays. Il prêtera serment le 21 mars 2009.
Depuis un an, quoi de neuf ? Pas grand chose. La crise politique n’a pas quitté le cénacle malgache. Malgré des tentatives de conciliation et de formation d’un gouvernement rassemblant les diverses colorations de l’échiquier politique. La Haute Autorité de Transition que dirige TGV peine à satisfaire. Pire, elle suscite des critiques au plus haut niveau. L’Union Africaine tape de plus en plus fort du poing sur la table, réprouvant ouvertement l’organisation unilatérale par TGV des prochaines élections léglisatives.
Pour autant, plus de crise frontale opposant deux figures politiques, plus de grondements populaires dans les rues ni de manifestants qui tombent sous les balles de l’armée. L’appétit des médias, déjà guère impressionnant au plus clair de la crise à l’époque affiche aujourd’hui des accents d’anorexie aggravée.
Une dernière question alors: faudrait-il un tremblement de terre, un cyclone ou un tsunami sur l’Ile Rouge pour que les médias occidentaux tendent à nouveau micros et caméras vers Madagsacar ?
Pour finir ce billet, je vous propose un poème que j’ai écrit à Antananarivo en juillet 2008, soit quelques mois avant le début de la crise. Clin d’oeil de scènes de vie observées dans la capitale malgache, ce poème reflète la dureté du quotidien des habitants dont la pauvreté économique est presque aussi grande qu’est extraordinaire la beauté des paysages de cette terre unique.
Tunnel d’Antananarivo
Les premières carcasses charbonneuses
S’engluent, six heures encore en germe
Dans le goulot brumeux à la naphte râpeuse.
Bouffée nocturne déjà noyée d’échappements ternes.
Les parois flétries, usées, lentement érodées
Au courant d’essences évaporées, s’offrent ici,
Des mains de quelques larbins commis à la cure de beauté
La jouvence qu’elles n’espéraient plus, ravies.
On y voit des piétons aux semelles invisibles,
Aussi pressés que les fourmis du métropolitain,
Fouler mécaniquement le goudron irascible
Du demi tube noirci, en quête d’antidote pour crève-la-faim.
Moteurs fracassants, klaxons encrassés, échos tapageurs,
Forment le chœur assourdissant d’un opéra
Rauque et subversif aux fuyants spectateurs.
Sinistre décor d’un théâtre vernis à l’odeur de putois.
Pièce unique, inique, emphytéotique,
Sans acte ni scène, fade et continue.
Sans surprise, chaque geste, chaque réplique
S’avance et s’annonce aussi glabre que nue.
Un parcimonieux soleil laisse glisser,
Dans la torpeur d’heures évanescentes,
De mielleux rayons dont le vermeille acéré
Troue le grisâtre des gaz aux effluences suffocantes.
Ainsi coule le temps dans l’engorgé boyau
Des verdoyants vallons d’Antananarivo. Artères
Liant les rives d’une ville sans fleuve, que les canots,
Bourrés de livides anonymes, exaspèrent, amères.
Et lorsque le jour agonise aux confins de la galerie,
Les haillons ensoleillés cèdent sans tarder la place
Aux puissants feux des monstres motorisés dont la carrosserie
Rutilante n’a d’égal que la vanité de leurs nanties limaces.
Plus bas, assises, hagardes, ou face contre terre,
Des petites narines engourdies, à demi endormies
Cherchent un somme impalpable dans le sournois hiver
De juillet. Un frêle feu de fétus réchauffe l’indigence endolorie.
Ces innocentes gueules d’anges lâchées en pâture,
Aux visages sales, accentués de morve desséchée,
Vous esquissent un illisible regard, dont la mince échancrure
Révèle, taciturne, le cri du silence exténué.
Seule, chancelante, désorientée, une jeune enfant qui n’a où aller,
De nuit, par 3 peut-être 4 degrés, de 5 ou 6 ans d’âge,
Possible orpheline et déjà mère, porte à son dos courbé
Un nourrisson, blotti, emmailloté, au visage aussi pâle que sage.
Antananarivo, le 27 juillet 2008.
Internet comme outil de solidarité est une formule qui ne date pas d’hier. En 2007, naissait le déjà disparu site du Pixel Humanitaire. On connaît aujourd’hui le célèbre moteur de recherche solidaire Veosearch.
La toile française accueille un nouveau venu dans le domaine du surf utile. En l’occurrence utile pour la planète. Ecosia, c’est le nom du petit dernier. Un moteur de recherche écolo à l’avenir, on l’espère, prometteur et dont le cheval de bataille est la lutte contre la déforestation.
La forêt primaire est le poumon de notre Terre et l’écrin d’une biodiversité qui demeure à ce jour presque inconnue. Il est donc essentiel de mettre un terme aux coupes réglées dont elle est victime.
Le principe est simple : chaque recherche à partir du site ecosia.org permet de sauvegarder 2 m2 de forêt tropicale. A l’heure où j’écris ces mots, 4.590.007 m² ont déjà été sauvés.
Les points forts du moteur de recherche vert :
- 80% des bénéfices sont reversés au WWF en faveur de programmes de protection des forêts primaires
- Les résultats sont pertinents grâce au partenariat tissé avec Yahoo et Bing
- Les serveurs d’Ecosia sont alimentés par de l’électricité verte
- L’ensemble des données liées à votre recherche est supprimé sous 48 heures
Naturellement, l’essor du site et l’impact positif qu’il suscite et engendrera à l’avenir pour la planète dépendent avant tout d’un pari. Celui du choix des internautes pour ce moteur de recherche, qui, il faut le reconnaître, n’est pas encore aussi optimal que Google. Si certains d’entre vous hésitent, faites un essai et partagez vos recherches entre Ecosia et Google.
Cette vidéo claire et simple vous expliquera pourquoi Ecosia constitue un vrai plus pour la planète. En tant qu’Internautes, nous avons aussi des moyens d’actions en faveur de l’environnement. A nous de savoir si l’on veut prendre part au mouvement lorsqu’une opportunité de qualité se présente à nous.
Mercredi dernier, France 3 diffusait un nouveau numéro de l’émission Vu du ciel. Fidèle à son habitude, la série de reportages diffusés ce soir là a mis en lumière de façon limpide et raisonnée les dérives de notre société de consommation et ses tragiques impacts humains et environnementaux. Au rythme auquel nous dépouillons la nature de ses inouïes mais limitées richesses, la question sans cesse plus saillante et toujours plus incontournable est: sommes-nous prêts à réellement et structurellement changer tant notre vision de l’architecture économique mondiale que nos attitudes de consommation quotidiennes ?
Fonte des glaces, élévation du niveau des océans, disparition d’îles… Inutile d’aller plus loin dans la litanie des conséquences environnementales induites par notre système économique gargantuesque et sa logique du "toujours plus". Le constat est simple: si l’on perdure de façon hébétée sur la voie du consumérisme roi, mathématiquement, l’avenir de l’Humanité n’est ni viable ni envisageable.
Pratiquer alors indéfiniment la politique de l’autruche pour assouvir nos désirs d’appropriation hypertrophiés et hypothéquer ainsi sciemment l’avenir des générations futures sera peut-être le plus grand crime contre l’humanité jamais commis dans toute l’Histoire de celle-ci. Nous sommes face à un choix implacable: nous réveiller dès aujourd’hui, ou bien abdiquer vers un endormissement à jamais. Car jouer les pompiers demain quand l’incendie aura gagné tous étages de la maison Terre sera bien inutile…
Avant de vous partager le poème "Prêt à consommer" que j’ai écrit il y a deux ans, je voudrais rappeler ce proverbe kenyan dont les mots sont inscrits sur le mur du hall du siège de l’UNICEF à New-York:
"Nous n’avons pas hérité de cette Terre de nos parents, elle nous a été prêtée par nos enfants."
Prêt à consommer
Phagocytaire des produits estampillés « gaspis »,
Mère Société m’a créé et si tendrement fidélisé,
Prosélyte de la propriété, thuriféraire du pré carré.
De l’arbre démiurge productiviste, je suis le fruit.
Quand vient l’achat, je vis, j’ai, alors enfin, je suis !
Des chiffres par milliers en moi tourbillonnent,
Je consomme et je te consume, sans consonnes
Aucunes, « oui », je jouis lorsque je m’approprie.
Crépite le ticket de caisse dans mes rêves la nuit.
Et je renais chaque jour, cupide d’une plus-value
Somptuaire ridiculisant tous les plus grands crus,
Et ravissant mon alter ego, radieuse carte de crédit.
Du berceau aux cendres, ma vie sera frénésie
De possessions de précellence tant convoitées.
Je ne veux être et exister que prêt à consommer,
Car sans avoir mon moi resterait misérable hérésie.
Le 31 octobre 2007

image: Barbara Kruger: http://www.barbarakruger.com
25 ! C’est le nombre de suicides enregistrés chez France Télécom – Orange (FTO) depuis février 2008. Le dernier en date remonte à la semaine dernière. "Pressions, stress excessif, méthodes de management douteuses, objectifs irréalisables" tels sont certains des arguments invoqués par les salariés et syndicats, dont la colère ne retombe pas, dans leur combat en faveur de l’instauration d’un réel dialogue avec leur direction. Objectif visé ? L’établissement pérenne de meilleures conditions de travail.
Dans cette perspective, les 102 000 salariés de l’opérateur téléphonique se sont vus adresser hier un questionnaire sur leurs souffrances au travail. Par cette consultation sans précédent, chaque salarié aura donc l’occasion d’exprimer son sentiment face à sa situation et au malaise galopant au sein de son entreprise.
Qu’en est-il du grand public ? Spectateur muet de la spirale infernale des suicides et d’un dialogue social qui piétine jusqu’à ce jour, la population ne peut demeurer insensible au climat délétère régnant chez France Télécom – Orange. Quel regard porte-t-elle alors sur le quotidien des salariés de FTO et soutient-elle leur action ?
En tant que client de l’entreprise, consommateur de téléphonie mobile ou bien simple citoyen, vous avez forcément une opinion. C’est pour tenter de répondre à cette question que j’ai décidé de lancer le sondage suivant auprès du grand public. Merci d’avance pour votre participation.
Nota Bene: suite à un problème technique indépendant de ma volonté, le sondage en cours (démarré le 20/10/09) a été interrompu et réinitialisé (le 21/10/09, à 23h00 – heure de Paris). Les personnes ayant déjà donné leur avis sont invitées à revoter. Merci pour votre compréhension.
Bonjour à tous !
Nouveau blog, nouvelle aventure, nouveau décor. WordPress étant un univers tout neuf pour moi, il me faudra quelques jours pour m’y familiariser pleinement et pouvoir jouer avec toutes les fonctionnalités offertes.
Bonne journée !





se.
Copenhague: du courage sinon rien
30/11/2009 in Actus | Tags: Agenda 21, écologie, CIESIN, comment va miss terre ?, Conférence de Rio, environnement, Jean Monnet, planète bleue, Protocole de Kyoto, réfugiés climatiques, Severin Suzuki, somment de l'ONU sur le climat, Sommet de Copenhague 2009, Sommet de Copenhague sur le climat, Sommet de Johannesburg, sommet pour la Terre, ultimatum climatique, université de Columbia | 1 commentaire
Pas une rotation de notre planète ne s’effectue sans que d’innombrables litres d’encre journalistique estampillés green touch ne concurrencent le volume d’eau frénétique arrachée aux glaces suantes d’icebergs et sommets immaculés.
On écrit. On étudie. On commente, autour et en faveur du bien-être de notre planète malade.
Au début du XXIè siècle, l’Homme, contraint, paraît entamer une réflexion accrue sur l’avenir sanitaire de sa maison Terre. Cette démarche ne date pas d’hier. Il y a eu Johannesburg en 2002, Kyoto et son fameux protocole en 1998, entré en vigueur en… 2005. Il y a eu plus tôt encore le Sommet de la Terre en 1992 à Rio qui a accouché du non moins fameux Agenda 21. Voilà pour les dates récentes.
Cet élan est admirable. Mais largement insuffisant. Depuis plusieurs décennies, les glaces transpirent, la terre brûlée craquelle et les forêts toussent à un rythme exponentiel. Plus besoin de le répéter serait-on tentés de dire. Après tout, tout le monde le sait. Alors à quoi bon marteler aux consciences que notre espèce avance tel un cheval de course sans cavalier, œillères fiduciaires bien serrées, droit vers une haie risquant d’être infranchissable ?
« Il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre » dit l’adage. Si au Nord nous paraissons encore bien protégés des plaies s’ouvrant à l’épiderme de la Terre, d’autres populations au Sud ont déjà enduré dans leur chair les souffrances d’une nature à la fois avilie et enragée. On les appelle les réfugiés climatiques. Retenez ce nom, il nourrira les colonnes régulières de vos journaux dans les années à venir. Une « poignée » seulement aujourd’hui, déracinés des Vanuatu et d’autres territoires engloutis par les flots ou brûlés par la sécheresse viscérale, ils seront d’ici peu de temps bien plus nombreux…
Le CIESIN (Centre pour un réseau international d’information sur les sciences de la Terre) de l’Université de Columbia estime que d’ici 2050, quelque 200 millions d’individus auront été chassés de leur terre d’origine, balayés par une nature devenue trop hostile à toute vie humaine. Conséquence directe d’un réchauffement climatique ordonnancé par des décennies de productivisme gargantuesque.
Ces millions de réfugiés climatiques seront jetés sur les routes de la déshérence sans nul autre but que de trouver une aire favorable et bienveillante pour leurs réinstallation et développement. Qui voudra les accueillir ? Qui le pourra ?
Les défis sont colossaux. Peut-on encore oser fermer les yeux devant cet avenir obscur que l’on (con)promet à nos enfants dont on semble vouloir sceller le sort aujourd’hui ? En persistant jusqu’à ce jour à produire et consommer des montagnes de biens superflus, notre génération lie ni plus ni moins les pieds et les poings de sa descendance de fils barbelés.
L’heure des façades diplomatiques, des réunions et discours tautologiques est passée. L’époque où l’hypocrisie économique pouvait encore subrepticement tirer partie de l’ignorance des consciences et de la souffrance écologique est révolue.
Dans une semaine se tiendra le sommet de l’ONU sur le climat à Copenhague. Les rotatives des journaux du monde entier vont imprimer leurs kilomètres d’encre quotidienne. On va écrire. On va débattre. On va commenter. Qu’en sera-t-il du cœur audacieux des discussions ?
Plutôt que de chercher une nouvelle fois à se tailler la part du lion, puisse chacun des dirigeants du monde entier, ravaler à l’occasion de cette rencontre décisive une partie majoritaire de ses intérêts respectifs pour former un front commun en faveur de la planète. De l’Humanité en somme. Arrêter des objectifs courageux et s’atteler à les atteindre dès la clôture des débats n’est pas indispensable pour notre planète. C’est vital.
Car:
Si Copenhague n’est qu’un sommet de plus, il sera le sommet de trop.
Jean Monnet a dit : "Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ne voient la nécessité que dans la crise". Alors si l’on est bel et bien en crise, écologique notamment, messieurs les argentiers de la météo économique et écologique mondiale, agissez en hommes !
Parce que nous aussi en tant qu’hommes et citoyens au possible nous sommes tenus, engageons-nous. Il n’y a pas de petit geste pour la planète. Pas d’action inutile ou futile lorsqu’il s’agit de protéger notre bien commun le plus cher. Une signature c’est à la fois beaucoup et presque rien. Signons alors l’appel des ONG françaises pour que la France fasse preuve de courage et d’audace à la table des nations. Cliquez sur l’image ci-dessous pour signer.
Pour conclure ce billet, je vous partage la vidéo de Severin Suzuki, alors jeune demoiselle à la conférence de Rio. En 1992 à la tribune du Sommet de la Terre elle lança une exhortation sans réserve aux dirigeants du monde à agir en faveur de la planète. Ces paroles demeurent malheureusement plus que jamais d’actualité.