Mine d’enfants

Vues du ciel, des milliers de fourmis
Grouillent dans l’ocre ventre du Kasaï,
Telles des sangsues traquant la rouge vie
Rempart contre l’étisie, chère victuaille.

Au sol fangeux s’exécute la partition
Et les dos éprouvés des minots minés
Résistent aux assauts de la pâmoison,
Comme le crin harassé de l’archet.

Les petites mains du creuseur rongent
La terre que les épaules hypertrophiées
Du porteur supportent sans un songe
Jusqu’au tamiseur aux yeux acérés.

Les cuisses écartées des petits canetons
Soumis se noient au cœur d’une tragédie
D’enfants naufragés dans l’excavation
Des tombes de leurs tout jeunes amis.

Ce trésor à ciel ouvert éructe à foison
De minerais aux richesses chamarrées.
La mosaïque respire pourtant le poison
Des ruisseaux écarlates de sang versé.

Dépouillée d’un développement attendu,
Coffre-fort des puissants nordistes nantis,
Cimetière des jeunes âmes noires perdues,
Ô mine généreuse, pourquoi t’a-t-on avilie ?

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